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25 novembre : la journée de la jupe!

Aujourd’hui, c’est la journée de la jupe ou plutôt la journée internationale contre les violences faites aux femmes. Pour l’occasion, je me permet de relayer le très juste communiqué de la présidente de l’association « Ni putes, ni soumises », Sihem Habchi.

« Elles et ils sont nombreux, ceux qui vous diront que M. Pantalon était récepteur de toutes les passions. Laissez-moi surprendre, et vous apprendre la nouvelle, vous qui comme tant d’autres la déclinez en froufrous, en volants, en plissée, en crayon… la jupe, ici, tout près, on la décline en crachats, en insultes, en pressions.

Les combats des soixante-huitardes, leurs retombées directes sur le corps des femmes, nous les connaissons, nous les estimons, nous nous en servons tous les jours, en tant que femmes, professionnelles, mères. L’interruption volontaire de grossesse (IVG), le MLF, l’égalité salariale, la contraception, il fallait du cran à l’époque pour retourner ces « no-women’s land ». Mais nous sommes en 2010, et les filles des quartiers ont le droit qu’on parle de l’avortement pour elles aussi, de la contraception pour elles aussi, de travail pour elles aussi et de leur sécurité.

Il y a quelques semaines, Marine, 15 ans, est rouée de coups à Avignon parce qu’elle est en jupe. Oser être une femme c’est s’exposer aux représailles. Affaire classée, fait divers, circuler il n’y a rien à voir. Voilà. Et le rideau tombe… sur les filles. Aujourd’hui, à la veille de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, je vous demande d’écouter le bruissement apeuré des plis de celles qui, résistantes anonymes, osent dire non, dénoncer l’omerta. Aux trop timides, à celles qui ont déjà souffert, leur sont souvent proposés jogging, manches longues, voile extensible.

Quelles preuves apporter ? Une idée f(riv)olle, « toutes en jupes« , qui rassemblent au-delà des quartiers, fédère le 25 novembre plus de 15 000 jeunes par jour, 100 000 acquis en moins d’une semaine. L’engouement suscité ne provient pas d’une envie d' »apéro facebook jupe-géant », croyez-moi. Mais d’une envie de changement, de révolution. Où la jupe se conjugue pour les femmes partout ! Sur le lieu de travail pour la secrétaire ou la cadre sup’, la prof ou l’élève, la ministre ou la syndicaliste, ou pour la simple femme dans la rue. La jupe étendard de la liberté, de l’égalité et de la laïcité ! La liberté à disposer de son corps et la liberté de conscience sont les prérequis à toute revendication. Le féminisme populaire est tout-terrain, et appelle à la reconquête de ce territoire perdu qu’est notre corps.

Nos amies féministes du monde arabe relaient notre appel, habituées aux revendications de ce type : elles avaient déjà combattu pour le port de la jellaba, au Maroc notamment. La jellaba, vêtement masculin à l’origine (les femmes devant s’entourer de l’encombrant haïk), a été adoptée par les pionnières du féminisme dans les années 1920 et 1930 comme un habit libérateur. Les femmes qui portaient la jellaba ont fait le même effet que les premières à porter le pantalon. La jellaba leur a permis d’avoir l’usage de leurs deux bras dans l’espace public. L’appel que nous avons lancé dépasse ainsi les frontières, puisque de Stockholm jusqu’à Kinshasa, du Maroc jusqu’au Québec, des femmes vont demain porter une jupe.

Figurez-vous que non, je n’aspire pas à un ministère de la jupe. J’attends simplement des professeures de nos quartiers populaires qu’elles osent enseigner en jupe, comme la fantastique Sonia Bergerac alias Isabelle Adjani, dans La journée de la Jupe. J’attends des proviseurs des écoles qu’ils ne pénalisent pas les gambettes à l’air libre, sous prétexte qu’il ne serait « pas convenable » d’accompagner notre jeunesse vers une éducation à la sexualité assumée, j’attends qu’on fasse évoluer la vendetta de bas étage qui incrimine les filles trop découvertes – « s’est faite violée, vu ce qu’elle portait faut pas s’étonner » – j’attends de toutes les femmes qu’elles dévoilent leurs jambes, le 25 novembre, par solidarité avec celles qui, en France et ailleurs, combattent toutes les formes de pression et défient la sanctuarisation de leur corps, l’intégrisme, le raccourci arbitraire de leurs droits. J’attends qu’elles soient en jupes et respectées. »

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